La lecture des blasons   

 
Sceau blason
16.11.2019



  1. Introduction.
  2. Quelques conseils...
  3. La lecture proprement dite.
  4. La composition des armoiries.
  5. Quelques exemples plus complexes.


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1. Introduction.

| (liseré de marge)
Lire un blason consiste à le décrire. En langage Héraldique le verbe utilisé est « blasonner ».

[Info : « Blason » viendrait de « Blasen », un mot d'origine Germanique qui signifie « sonner du cor ». Or, faire retentir cors et trompètes étaient la manière d'annoncer l’arrivé d’une personne de haute importance. Suivait ensuite l'énumération des titres détenus par la personne et l’énumération de ses armes...
C'est de là, que le plus probablement le mot « blason » serait né, avec pour signification l'annonce et l'énumération des armes.]

Blasonner, c’est donc l'énumération complète de la composition d'un blason. Il s'agit d'en donner une description aussi brève que possible tout en restant très précis. La priorité étant l'exactitude !

Par conséquent, afin d’éviter toute erreur d’interprétation on n'hésitera pas à ajouter des précisions dans le descriptif quitte à « alourdir » le blasonnement.
Il existe néanmoins des conventions sur la disposition et/ou la forme de certains dessins permettant de réduire un blasonnement.

La lecture peut s'étendre aux armoiries complètes, c'est à dire sans omettre, s'il y a lieu, le cimier, le timbre, les lambrequins, les tenants, les supports et/ou les soutiens, le cri et la devise, etc. Bref, ce qu'on appelle les ornements extérieurs. :-)
Même si ceux-ci n'obéissent qu’à peu de règles précises, ils peuvent apporter des éléments d'identification importants (titres, critères ecclésiastiques, etc.)

Le vocabulaire employé pour effectuer le blasonnement est un vocabulaire dédié, d’où l’existence de la langue, ou du langage héraldique. Certains mots ont une origine très ancienne et ne sont plus guère employés de nos jours. Il faudra donc être attentif aux faux-amis et aux contre-sens possibles.
Certains mots ont également subi des variations d'orthographes au fil des siècles... Tout ceci donne parfois des descriptions parfois assez difficiles à comprendre mais avec un charme tout particulier.

Heureusement, la définition de ces mots existe encore et les explications décortiquées du vieux français sont disponibles dans les livres dédiés à l'héraldique. D'autres lexiques assez complets sont accessibles via Internet, y compris sur mon site. ;-)

Enfin, un dernier point avant de poursuivre. Un mot représente un élément bien défini, cependant la représentation de cet élément peut varier d'un dessinateur à l'autre (artiste, héraut), mais aussi l'objet (l'élément) en lui-même, suivant les régions et les époques (exemple, « l'anille » ou aussi « fer de moulin »). Ce n'est pas une faute ; le blasonnement sera le même, et juste.
Toutefois, lorsqu'on possède le dessin original, il convient de respecter au mieux le style de représentation et le positionnement précis des différents éléments.



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2. Quelques conseils.


Avant de poursuivre la lecture de ce chapitre sur la lecture des blasons et je vous recommande la lecture des chapitres suivants :

Vous aurez besoin des connaissances acquises dans les chapitres précédents pour appréhender plus facilement les descriptifs. En effet, certaines notions de bases sont indispensables pour la suite.
Les parties de sont tout aussi importantes et intéressantes…
Bien sûr, suivant vos connaissances héraldiques ce n'est peut-être pas nécessaire.



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3. La lecture proprement dite.





Rappels :

Comme nous l'avons déjà vu, la partie dextre (droite) de l'écu est la partie qui se trouve à gauche lorsqu'on regarde celui-ci de face du point de vue du spectateur. L'explication est que l'écu représente son porteur, par conséquent il est dans le bon sens pour celui-ci.
Dans le même ordre d'idée, lorsque des ombres portées sont dessinées avec les charges, celles-ci apparaissent en bas à droite de l’élément car le soleil (la lumière) doit venir du coin supérieur gauche de l'écu lorsque celui-ci nous est présenté de face.

En revanche lors de l’énumération, donc du blasonnement, on lira le blason vu de face, de gauche à droite et le plus souvent de haut en bas, mais toujours en suivant les règles de découpage de l'écu. Il existe effectivement un sens de lecture particulier lorsqu’il s’agit d’un découpage de partitions ou de répartitions.

Les numéros ci-dessous correspondent aux partitions d’un écu écartelé. Cela correspond également au sens de lecture des dites partitions (ici quartiers). Voir la partie consacrée aux aux partitions de l'écu pour connaitre ceux des autres partitions.

Attention, concernant l'écartelé, on trouve les deux systèmes suivants :
1 2
3 4
 et
1 2
4 3
Le premier système exposé est celui qui est le plus employé en France et dans nombreux pays. Je vous présente les deux car je les ai croisés, mais il semblerait que le second système soit en fait une erreur (d'écriture, recopie, coquille... ?) et n'existerait pas. À suivre...

Dans le cas le plus favorable, on blasonnera comme suit : « Écartelé aux 1 et 4 de ... et aux 2 et 3 de ... ».
Exemple : « écartelé aux 1 et 4 de gueules à la fasce d'or ; aux 2 et 3 d'argent », mais lorsqu'il s'agit d'émaux unis (sans charge), on peut dire : « écartelé d'or et d'azur », étant entendu que 1 et 4 sont d'or et 2 et 3 d'azur.

En revanche lorsque les quartiers sont différents les uns des autres ou très complexe à définir, on blasonnera chaque quartier individuellement.

Exemple : « écartelé, au 1 de ... ; au 2 de .... ; au 3 de ... ; au 4 de ... ».



Règles et usages du blasonnement :

Le blasonnement commencera toujours par l'écu, même si celui-ci comporte de nombreux ornements extérieurs ; ceux-ci seront blasonnés par la suite.
Ceci étant dit, la lecture du blason débute par son partitionnement (s'il existe), suivi de l'émail du champ principal puis des charges (pièces et meubles) avec leurs émaux respectifs et ainsi de suite avec chaque partie... :-)
Lorsqu'il y a plusieurs charges, on blasonnera en premier les pièces et\ou les meubles principaux (de 1er ordre) présents sur l'écu.

En règle générale, les pièces sont énumérées avant les meubles qui les charges, et ce, dans chaque partie si l'écu est partitionné. Le champ et l'abîme de l'écu sont de premier ordre, par conséquent, un meuble placé au cœur de l'écu sera blasonné avant une pièce même honorable tel le chef.
Il existe d’autres éléments clés pour trouver l'ordre de priorité de blasonnement  :

C'est encore un peu flou ? :) On va essayer d'éclaircir un peu cela en procédant par étape :
(En cas de doute(s) restez logique).

Ordre de blasonnement de l'écu :

Ordre de blasonnement d'une pièce :

Lorsqu'on blasonne une pièce, on donne bien évidemment son nom :), son contour s'il n'est pas linéaire (bretessé, denté, ...), son état (alaisé, failli, ...), puis son émail ou sa composition si celle-ci est « remplie » d'autre chose que d'un émail unique (échiquetée ..., billettée ..., semée de ...), et enfin le ou les meubles qui la chargent.
Dans le cas où il y aurait plusieurs pièces identiques, leur nombre serait indiqué avant leur nom, exemple : « ... à trois fasces de sable ».

Mais, lorsque ces pièces font parties d'un rebattement, leur nombre est souvent indiqué après leurs émaux, comme dans : « palé d'or et de gueules de quatre pièces ».

Il arrive de rencontrer dans des armoriaux : « palé d'or et de gueules (4) » ou (4p) ; cette indication représente effectivement le nombre de pièces et elle est parfois placée juste après le partitionnement plutôt qu'après les émaux.

Ordre de blasonnement d'un meuble :

Les meubles sont blasonnés en commençant par leur nombre (si > 1), suivi du nom de celui-ci, puis de sa « caractéristique particulière », de sa posture et de son orientation (si l'une diffère de sa caractéristique naturel ou dite par défaut), puis de son émail ou de sa composition, enfin on blasonnera ses attributs s'ils sont d'un émail différent.
Exemple : « D'or, au lion couard regardant contourné de sable, armé d'azur ».

Explications : S'il y a plusieurs meubles identiques, il ne faut pas oublier d'indiquer (sauf conformation par usage (défaut)) leur disposition et leur orientation.

On aurait alors : Dans certains cas, lorsque c'est explicite, il est possible d'omettre les mots comme « rangé » ou « posé ».
| (liseré de marge)

Imaginez : « D'or, à la barre d'azur, chargée de trois fusées d'argent ». La fusée qui normalement dans son état naturel est verticale (orientation), charge ici, une barre (pièce oblique), c'est à dire, on positionne par dessus celle-ci trois fusées.
Ces fusées seront donc rangées (placées) en barre par nécessité (elles suivent la forme de la pièce) comme dans l’exemple des trois plates ci-dessous, mais en est-il de même concernant l’orientation des fusées ?
En effet ce serait plus simple avec des plates en barre ! ;-)

plates  Ici : « D’or, une barre d’azur, chargée de trois plates ».
Ou encore : « D’or à la barre d’azur chargée de trois besants d’argent ».

C'est davantage une convention qui va régir cet état et non réelement une règle. D'autre part cela dépend aussi de la nature des meubles...
Néanmoins, le plus souvent les meubles seront posés dans le même sens que les pièces obliques qui les accueillent comme ici :
fusee

Maintenant si nous voulons qu'elles soient orientées verticalement sur une barre (pièce) il faudrait ajouter un adjectif :

fusée  « D'or, une barre d'azur chargée de trois fusées d'argent, posées à plomb ».
À contrario, on pourrait obtenir :
fusée a plomb  « D'or, à la barre d'azur, chargée de trois fusées d'argent, posées en bande ».
Notez que dans ce cas, le meuble peut voir ses dimensions réduites pour s'adapter à son environnement (la barre).

Cette même disposition de meubles mais en supprimant la pièce (la barre), serait blasonnée :
fusee  Ici : « D'azur, à trois fusées d'argent rangées en barre, posées de même »,
vous constatez que l'on précise alors l'orientation,
sinon elles seraient verticales comme le dessin de droite
dont le blasonnement est : « D'azur, à trois fusées d'argent rangées en barre ».
Du fait de l’absence de pièce faisant support à la fusée, le « à plomb » est devenu inutile !
  fusee a plomb
On peut tout à fait modifier l’orientation du meuble :
fusée  D'azur, à trois fusées d'argent rangées en barre, posées en bande 

[Tout le monde n'est pas totalement d'accord avec ce qui est dit. Pour y remédier, c'est simple, il suffit d'indiquer à chaque fois le placement (rangé) et l'orientation (posé) même pour ce qu'on considère disposé de manière naturelle. Le point positif est qu'il n'y aura aucun litige quant à la relation blasonnement et blason (dessin), mais au détriment d'une certaine rigueur héraldique qui consiste à être le plus concis possible tout en garantissant une précision sans faille. L’interprétation ne doit pas être au rendez-vous.]
| (liseré de marge)
fuselee  Une autre variante sur la fusée. Ce blason est référencé dès 129x sous le blasonnement : « De gueules, à la bande fuselée d’or ».
Vous noterez que par rapport aux exemples précédents, il ne s’agit juste du meuble (la fusée)
ou du meuble (fusée) sur la pièce (la bande), mais bien d’une pièce (la bande) en soit,
composée ou plutôt découpée en fusée.

Autres caractéristiques d'un blasonnement :

| (liseré de marge)
fuselee  « D’or, au chef ondé d’azur, chargé d’une étoile du premier ».

Voilà pour les grandes lignes. Tout ceci est davantage un guide et des conventions que vous rencontrerez plutôt que des règles absolues, puisque le principal objectif est d'obtenir un blasonnement correct. Il est possible, voire normal d'obtenir à partir d'un blason (dessin) un blasonnement (descriptif) différent, surtout lorsque le dessin est complexe, mais à partir de ce(s) blasonnement(s) on doit obtenir le même blason ! (Au trait du dessinateur près). Cependant, l'héraldique c'est aussi un vocabulaire, un langage, des règles et une grammaire particulière, il faut donc les employer à chaque fois que c'est possible. Gardez bien à l'esprit, quitte à me répéter, ;o) qu'un blasonnement (en lecture) doit pouvoir être utilisé pour recréer (blasonner ;-)) un écu. D'où l'importance de la précision de l'énumération.
Mieux vaut un blasonnement trop détaillé que pas assez !
Je reconnais que c'est parfois délicat. C'est pourquoi on va développer tout ça en image... :-))




Étude à partir de dessins de blasons:


 
| (liseré de marge)
Les mots écrits en gras sont souvent omis car implicites dans un descriptif héraldique, toutefois en cas de doute ils devront faire partie du blasonnement. Les mots soulignés sont parfois absents mais leur absence peut parfois changer le sens du blasonnement...
Quelques exemples sur le taillé.
On retrouve ici plusieurs possibilités de blasonnements (énumérations) : Celles-ci sont créées à des fins d’études et les problématiques énoncées bien qu’étant réelles ne sont pas la norme… Heureusement. :-)

taillé  « Taillé de sable et d'or, un écusson d'argent, chargé de deux hermines du premier, posé au franc-quartier ».Un blasonnement correct.
« Taillé : au 1, de sable, à un écusson d'argent, chargé de deux hermines du premier ; au 2, d'or ».
Cet autre blasonnement est également correct mais dont la forme est plutôt utilisée dans le cadre de blasons plus complexes.

Et celui-ci : « Taillé de sable, à un écusson d'argent, chargé de deux hermines du premier et d'or ». Le « et d’or » voulant se référer au « taillé ». Cependant comme vous pouvez vous en rendre compte, la dernière formulation est la plus « tendancieuse ». Contrairement au premier et au second blasonnement qui sont tout à fait justes et sans ambiguïté, celui-ci ne l’est pas.

taillé  Sa lecture peut amener à créer le blason suivant pour lequel on obtiendrait une hermine de sable et une hermine d’or. Ce qui ne correspondrait plus au blason d’origine. Effectivement, dans le cas présent, et comme vous l’avez certainement remarqué, cela conduirait en plus à une enquerre (erreur) du fait qu’un meuble en métal soit posé sur un champ de métal !

Mais remplacez l’or par le gueules dans le blasonnement initial :

taillé  « Taillé de sable, à un écusson d'argent, chargé de deux hermines du premier et de gueules »...
Et vous obtiendriez un blason répondant cette fois aux règles héraldiques, mais qui pour autant ne répliquerait plus le blason d’origine ! Ceci pour vous montrer l’importance du choix des mots et de la précision qu’il peut être parfois nécessaire d’ajouter, sans oublier la ponctuation.


Reprenons la troisième formulation en lui ajoutant une ponctuation plus conforme : « Taillé de sable, à un écusson d'argent, chargé de deux hermines du premier, et d'or ».
Cette « simple » dernière virgule permettrait à un héraldiste averti de se « douter » que l’or est lié au taillé et non pas à l’hermine. La potentielle création de l’enquerre également. Pour autant il y a doute.
Un autre point où il faut être très attentif lorsqu’on veut dessiner un blason, c’est la conjugaison. Car en cas de blasonnement ambigu lié aux verbes on peut/doit s’aider de l’accord des verbes. Exemple, si le verbe est conjugué au féminin « … posée … » cela se rapportera à l’élément féminin. Bien évidemment cela ne fonctionne que lorsqu’il y a mélange des genres. Ceci se rencontre parfois sur d’anciens armoriaux où les formulations laissent parfois à désirer.
La même rigueur doit se faire dans les deux sens ; c’est-à-dire autant à l’écriture du blasonnement à partir d’un blason que de le dessiner à partir de son descriptif.

Autres exemples de lecture à l’aide d’un écu partitionné « Taillé » :

Lion taillé Lion taillé Lion taillé Lion taillé Lion taillé
12345

L’écu est :
  1. « Taillé d'or et d'azur, à un lion rampant d'argent, armé et lampassé de gueules ».
    « Rampant » étant la posture par défaut du lion, ce terme pourrait être omis.
  2. « Taillé d'or et d'azur, à un lion rampant de l'un en l'autre, armé et lampassé de gueules ».
    Le lion (meuble) est également partitionné (émaux inversés par rapport au champ).
    La formulation adaptée à ce genre de conformation est : « … de l’un en l’autre ... ». et elle se rencontre relativement souvent.
  3. « Taillé d'or et d'azur, à un lion rampant taillé de sinople et d'argent, armé et lampassé de gueules ».
    Le lion (meuble) est également partitionné mais cette fois ci avec deux émaux différents.
  4. « D'or, un lion taillé de sinople et d'argent, armé et lampassé de gueules »..
    Ici l’écu n’est plus partitionné, seul le lion (meuble) est partitionné.
    On remarque que dans cet exemple la deuxième partie du lion se retrouve métal sur métal. On parlera également d’enquerre dans ce cas-là. Pour autant certains héraldistes l’acceptent.
  5. « D'or, un lion taillé de sinople et de sable, armé et lampassé de gueules ».

La suite lors de la prochaine mise à jour... ;)

Les premiers pour la route :

lion « D'or, à la cotice de gueules, au lion dragonné de sable, armé et lampassé de gueules, brochant », on peut trouver «  ... brochant sur le tout » ou encore « ... brochant la cotice ».

lion « D'or, au lion dragonné de sable, armé et lampassé de gueules, la cotice de gueules, brochante ».
De nos jours on a tendance à accorder certains mots de vocabulaire héraldique qui normalement étaient invariables dans les blasonnements, d’où le (e) que j’ai ajouté.

lion « D'or, au lion dragonné de sable, armé et lampassé de gueules, au bâton péri en barre de gueules ». Le brochant devient inutile ici car le « bâton péri » est une brisure de ces armes.

aigle « D'azur, à la croix d'argent, cantonnée d'une billette d'or, une aigle bicéphale de sable posée en abîme ».
« en coeur » est également une utilisation correcte.


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4. Composition des armoiries.

Les armoiries dans leur ensemble ne représentent pas forcément que l'écu (le blason). Les armoiries sont, ou peuvent être, « habillées » de nombreux autres éléments que nous allons voir en détail.
Cet « habillage » est apparu plus tard dans l'histoire de l'héraldique, et il n'obéit à aucune règle bien définie (sauf exceptions citées plus bas) si ce n'est l'embellissement des armes en elles-mêmes. Par conséquent, il ne faudra pas rechercher à chaque fois un quelconque symbole dans ces éléments. Nombres de ces éléments vont pouvoir se retrouver ensemble car ils occuperont chacun une place bien précise dans la composition des armoiries. Ces éléments, cet « habillage » représente dans le jargon héraldique, les ornements extérieurs. Plus les armes sont honorables et la personne puissante, plus les ornements sont somptueux. Il faut toutefois noter que l’utilisation de certains ornements est « réservé », car ces ornements correspondent à un titre de noblesse particulier. En effet, s'attribuer une couronne, alors qu'on ne possède pas de titre de noblesse, relève de la pure usurpation de titre et n'a strictement aucune valeur. Vous n'en serez pas roi pour autant ! ;o)

Tout comme pour les couronnes, les heaumes se déclinent en variantes censées représenter un titre. Je dis censé car la règle ne fût apparemment pas respectée ! :) Néanmoins à une certaine époque, tout le monde avait le droit de posséder ses armoiries plus ou moins « habillées ». Cependant il pouvait en couter très cher à l'usurpateur d'un heaume de noblesse et de surcroit d'une couronne ! L’utilisation abusive de tels ornements étaient sévèrement punis...

Ces heaumes, mis en tant que timbres sont apparus plus tardivement et sont d'avantage des heaumes de joutes et de parades que des casques utilisés au combat !

Avant de commencer, je précise que chaque élément (ornement) est facultatif, s'il n'est pas présent on passe au suivant dans l’énumération. :-) D'autre part, la couronne ne sera pas répétée moulte fois, elle sera soit directement au-dessus de l'écu, soit sur le timbre, soit au niveau du cimier, ou encore au-dessus, couvrant le manteau ou équivalent (chapiteau, pavillon, ...).


Une fois l'écu blasonné, l'énumération des ornements extérieurs s'effectuera généralement dans l'ordre suivant :

  • Le blasonnement fera tout d'abord mention de ce qui coiffe directement l'écu.
  • Le blasonnement du timbre.
  • Le blasonnement du cimier.
  • Les lambrequins et plumails.
  • L'ordre de distinction ou d'appartenance.
  • La capeline et autres manteaux.
  • La devise et le cri.

Encore une fois ci ceux-ci sont présents…

Voici une représentation un peu chargée d’une armoirie pour voir en détail le positionnement et le type de quelques ornements qu'on peut trouver :

(1) Le blason... :-)

(2) On trouvera ici, tous les modèles de couronnes ou de couvre-chefs.
Cet ornement qualifie un titre ou plus souvent lorsqu'il est de grande taille son type peut être représentatif d’une ville ou d’un état. La couronne est normalement légèrement au-dessus de l'écu.

(3) Le cimier quant à lui est souvent « aux couleurs » de l'écu, mais ce n'est pas une obligation.

(4) Les lambrequins et autres listels. Ces ornements sont liés aux couleurs du blason. Il est d’usage que la couleur du dessous des lambrequins soit de la couleur du champ de l’écu et le dessus de l’émail principal de l’écu. L’émail principal est fonction du blason, ce peut être soit un meuble, soit une pièce.

(5) Le collier d'appartenance à un ordre...

(6) Ces ornements sont répertoriés en trois familles dont il n'existe pas de liste exhaustive.
Ils servent de décoration en « maintenant » le blason.

  • Les tenants : ils représentent les personnes dont les plus usitées sont : des anges, des hommes quasi nus, des chérubins, des moines, des hommes d'armes (gardes), des maures, etc.
  • Les supports : ils représentent les animaux. C'est la famille la plus représentative des ornements. Les plus connus étant, les lions, les licornes, les chiens, suivis des nombreuses autres bêtes fabuleuses...
  • Les soutiens : ce sont tous les éléments non-vivants, divers et variés, comme les arbres, les troncs, les colonnes, les piliers, etc...
    Les soutiens peuvent être déclinés dans une seconde catégorie qui sera le plus souvent placée en sautoir sous l'écu avec une taille relativement imposante.
    Dans cette catégorie on va y retrouver des armes (épées, hallebardes, ...) mais aussi des bannières avec leur hampe et leur fanion, ou encore d'autres ayant la particularité d'être distinctif, comme les bâtons de maréchaux, les clés du paradis, les masses d'armes (grand chancelier) … Ces soutiens sont « réservés » à ceux qui en possède le titre.

(7) La devise. Tout le monde n’en a pas.

(8) Le cri. Tout le monde n’en a pas.

(9) Ne cherchez pas. Le neuf (9) n'est pas représenté. ;-))
Dans leur globalité, les armoiries décrites ci-dessus peuvent être placées sur un support encore plus imposant. Cf. image ci-dessous :
Il s’agit des chapiteaux, des tentes, des pavillons, des manteaux (mantels) ou des capes (capelines) qui représentent une grande surface de « tissu », tantôt aux armes, tantôt unis.

armoiries

Par exemple, « d'azur semé de fleurs de lys d'or » pour le pavillon de France sur lequel s'affiche le blason de France (à 3 lys d'or) ».



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5. Quelques exemples plus complexes.



Décomposition d’un blason relativement connu, celui du Grand Pressigny dans l’Indre et Loire (37) : Voyons les différentes manières de le « décortiquer »... ;-)

ville de grand-pressigny Pour ma part je le blasonne comme suit :
« Gironné d'or et azur, une croix contre-palée d'azur et d'or de quatre pièces en pal et contre-fascée des premiers de quatre pièces en fasce, sur le tout de gueules, à la croix d'argent, une moucheture d'hermine en chef ».

Ce blasonnement a le mérite d'être court et précis par rapport aux multiples éléments le constituant. Pourquoi ne donne-t-on pas la couleur de l’émail de l’hermine, qui cela dit en passant est considérée comme étant une fourrure ? Parce que sa couleur par défaut est le noir lorsqu’il s’agit d’une « moucheture ». Bien sûr il n’y aurait pas de faute à écrire « … moucheture d'hermine de sable, en chef ».
 
Toutefois il est possible de trouver d'autres blasonnements tout à fait valables. Nous les verrons après l'explication en détail de la construction associée au blasonnement que je vous ai proposé.
 
L'ordre de construction est indiqué par les chiffres de couleur rouge. Les chiffres de couleur verte représentent le sens de lecture de la partition considérée.

 
   
 
1  La base de l'écu : le gironné d'or et d'azur.
2  Une croix...
3  Maintenant superposée.


   
 
4 Maintenant, considérons un pal contre-palé d'azur et d'or.
5 Et une fasce, contre-fascée d'or et d'azur.
4 et 5 vont servir d’attribut à la croix.
6 Le « sur le tout », je ne vous ferais pas l'affront de vous l'expliquer de nouveau... :-)

Oui mais alors, pourquoi ne pas les utiliser directement et passer par la croix ? Comme précisé dans le chapitre des pièces, la croix est la concrétisation du pal et de la fasce ! ;-)
Mais il ne serait pas faux de dire : « Gironné d'or et d'azur, chargé d'un pal contre-palé d'azur et d'or (4p) et d'une fasce brochante, contre-fascé (4p) ... ».
Notez alors l'obligation d'ajouter les termes « chargé » et « brochant ».

Voici d'autres blasonnements corrects même si je les trouve un peu moins digestes :
« Gironné d'or et d'azur, à la croix brochante, palé d'azur et d'or de quatre pièces en chef et d'or et d'azur en pointe, fascé d'or et d'azur de quatre pièces à dextre et d'azur et d'or à senestre ; en coeur un blason de gueules à la croix d'argent garnie d'une hermine de sable en chef ».
 
Ou encore :
« Gironné d'or et d'azur, au pal brochant palé et contrepalé de quatre pièces, d'azur et d'or, à la fasce brochante fascée et contrefascée de quatre pièces d'or et d'azur, sur le tout, en abîme, un écu de gueules à la croix d'argent chargée en chef d'une hermine de sable ».
 
Ou bien une version très précise en définissant les neuf quartiers et utilisant un partitionnement différent de la croix :

« Parti de deux, coupé de deux, au 1, tranché d'or et d'azur ; au 2, palé d'azur et d'or de quatre pièces ; au 3, taillé d'azur et d'or ; au 4, fascé d'or et d'azur de quatre pièces ; au 5, sur-le-tout de gueules, à la croix d'argent, chargée en chef d'une moucheture d'hermine de sable ; au 6, fascé d'azur et d'or de quatre pièces ; au 7, taillé, d'or et d'azur ; au 8, palé d'or et d'azur de quatre pièces ; au 9, tranché d'azur et d'or. ».
 


Voici la version donnée le livre « Blasons de Touraine » de Bernard de Fournoux : « Fascé, contrefacé, palé, contrepalé, les cantons gironnés et contre-gironnés, le tout d'or et d'azur, sur le tout de gueules à la croix d'argent chargée d'une moucheture d'hermine au point du chef ».

Je n'y adhère pas du tout car bien trop imprécise ! Un fascé ou un palé est composé de six pièces par défaut (ce qui n'est pas le cas ici). Les cantons sont dits gironnés, que nenni ! On pourrait dire composé de deux girons (encore faudrait-il préciser émaux et dispositions) ; une utilisation du taillé et du tranché serait mieux adaptée. « ... le tout d'or et d'azur ... », humm, oui, effectivement il n'y a que ces deux émaux mais l'ordre n'est pas le même pour chaque rabattement !


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